La planification successorale n’est pas simplement un sujet de réflexion : c’est un pilier essentiel des stratégies de développement patrimonial à long terme.
La capacité de créer des family offices, des trusts ou d’autres structures de gestion patrimoniale constitue un facteur déterminant dans le processus de décision. Lors du choix d’une destination, la capacité à transmettre efficacement un patrimoine à la génération suivante est un critère central. L’immobilier joue un rôle clé dans ce processus en tant qu’outil stratégique de transmission de patrimoine. Il ne s’agit pas uniquement d’un actif financier, mais aussi d’un actif concret, car les biens peuvent être acquis au nom des enfants, les parents agissant souvent comme co-signataires. Dans certains cas, les clients anticipent déjà les implications fiscales liées à la succession avant même l’acquisition du bien. Cette approche proactive illustre une évolution plus large : l’immobilier ne se résume plus à la propriété, il incarne désormais la transmission.
Ainsi, certaines familles créent des sociétés à objet spécifique (SPV – Special Purpose Vehicle) pour détenir leurs biens, permettant de transférer la propriété tout en conservant les droits d’usage. Ce type de structure est particulièrement attractif dans les pays où la fiscalité sur les successions est élevée. Si l’âge du propriétaire et la nature du bien peuvent influencer la stratégie adoptée, l’objectif demeure le même : transmettre les actifs de manière fiscalement optimisée. La détention intergénérationnelle est également fréquente, la planification successorale étant envisagée dès l’acquisition du bien.
Si elle a toujours été une priorité, cette planification fait aujourd’hui l’objet d’une attention accrue. Les avocats fiscalistes et les cabinets spécialisés dans la gestion de patrimoine international sont très sollicités, et l’activité se renforce dans l’immobilier commercial, souvent exempt d’impôt sur les successions. Les hôtels, bureaux et autres actifs commerciaux sont de plus en plus détenus par l’intermédiaire de structures sociétaires, un mode de détention redevenu attractif. Les coûts supplémentaires liés à la détention en société sont désormais perçus comme préférables à la charge fiscale d’une détention direct.
L’exposition à l’impôt sur les successions constitue un facteur déterminant dans le choix de résidence des personnes fortunées plus âgées. Ainsi, la portée internationale du régime fiscal britannique joue en défaveur du pays, malgré la qualité de son cadre de vie. L’évolution récente de la fiscalité a également réduit son attractivité auprès des investisseurs plus âgés. À l’inverse, des pays comme les États-Unis, où les seuils d’imposition sont bien plus hauts, ou le Moyen-Orient, où cet impôt est quasiment inexistant, apparaissent plus favorables sous cet angle.
Les family offices sont au cœur de cette évolution. Leur nombre est passé d’environ 6 130 en 2019 à plus de 8 000 aujourd’hui, et devrait dépasser 10 700 d’ici 2030, selon une analyse de Deloitte. Dans le même temps, les actifs sous gestion devraient croître de 3,1 à 5,4 billions de dollars.
Plus de la moitié des 100 premiers family offices au monde, classés selon le volume d’actifs sous gestion, sont regroupés aux États-Unis. Cette concentration s’explique avant tout par la création de richesse liée à la croissance des entreprises et aux investissements, ainsi que par les structures de gestion de patrimoine nécessaires aux États-Unis, plutôt que par le cadre fiscal, qui demeure relativement favorable. En deuxième position figure le Royaume-Uni, qui compte sept des 100 principaux family offices, suivi du Danemark, de Singapour et de l’Allemagne, chacun en comptant quatre.
New York et Los Angeles se classent toutes deux parmi les cinq premières destinations offrant les environnements successoraux les plus avantageux. New York arrive en tête du classement, grâce à la forte concentration de family offices présents dans le top 100 et à l’absence d’impôt sur les successions, même s’il faut tenir compte de l’impôt sur les successions (estate tax). Los Angeles figure dans le top 5 pour des raisons similaires.
Aux États-Unis, le gouvernement fédéral calcule l’impôt sur les successions sur la valeur totale du patrimoine avant sa distribution, au lieu d’imposer directement les bénéficiaires par un impôt sur les successions. Ce mode de calcul favorise le recours aux trusts, devenus courants pour les patrimoines dépassant 13,9 millions de dollars. Cependant, la réduction de l’exonération de l’impôt sur les successions prévue pour 2026 a déclenché une vague de restructurations. Les familles accélèrent les transferts de patrimoine, créent des fiducies à vie entre conjoints (Spousal Lifetime Access Trusts – SLAT) et mettent en œuvre des stratégies d’évaluation à la baisse afin de réduire leur exposition fiscale.
Singapour, Dubaï et Monaco figurent également parmi les cinq premières destinations en matière de transmission de patrimoine, offrant des régimes fiscaux avantageux, sans impôt sur les successions, les plus-values ou la fortune. À Singapour, le taux d’imposition sur le revenu n’est que de 24 %.
La planification successorale n’est pas une tendance, c’est une nécessité. L’immobilier, bien qu’en constante évolution, demeure un outil essentiel pour préserver et transmettre un patrimoine.
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